Mythes et réalités concernant l’agression sexuelle





Mythes et réalités concernant l’agression sexuelle
Il existe plusieurs idées reçues concernant la violence basée sur le genre, sexuelle ou sexualisée et les personnes qui y sont confrontées. Ces idées reçues peuvent constituer une barrière au soutien des personnes ayant survécu à ces violences, dans la mesure où ces idées reçues entraînent la stigmatisation, des traitements blessants et l’exclusion. Une personne qui a survécu à une violence a fait l’expérience d’un trauma et mérite d’être soutenue, et non pas harcelée, isolée, rendue victime, ou coupable du trauma.

Quoique Saahas essaie, à travers toutes ses bibliothèques, de prendre en compte les dimensions multiples de la violence basée sur le genre, sexuelle ou sexualisée, nous reconnaissons également l’existence de certains mythes et idées fausses répandus auxquels nous essayons d’apporter une réponse ci-dessous.

Mythe #1 : Seules les filles sont exposées à la violence basée sur le genre, sexuelle ou sexualisée
Réalité : Tout genre, sexe et toute identité d’orientation sexuelle sont exposés au VBG (violence basée sur le genre), à la violence sexuelle et sexualisée. Le genre peut être la cause de la violence, la violence sexuelle peut concerner en particulier certaines identités sexuelles et la violence sexualisée peut toucher les personnes appartenant à toute identité de genre. L’agression sexuelle porte atteinte à tous les genres et identités sexuelles de manières qui sont similaires et différentes à la fois, mais toutes sont nuisibles. Les données semblent indiquer que certaines caractéristiques comme l’orientation sexuelle, le handicap, le statut, l’origine ethnique et d’autres facteurs contextuels, comme les crises humanitaires, notamment les situations de conflit et de post-conflit, peuvent augmenter l’exposition à la violence basée sur le genre, sexuelle et sexualisée.

Mythe #2 : Si la personne ciblée est sexuellement excitée durant l’acte, il ne s’agit pas d’une agression. 
Réalité : Peu importe que la personne ciblée soit sexuellement excitée ou non durant l’agression, si le comportement/avance sexuel n’est pas désiré et ne respecte pas la décision de cette personne, il s’agit d’une agression.
  
Mythe #3 : Seules les personnes d’une certaine orientation sexuelle commettent des agressions sexuelles
Réalité : L’agression sexuelle peut être commise par n’importe qui. Elle ne résulte pas de l’orientation sexuelle d’une personne, mais de l’usage que fait cette personne de son pouvoir pour tirer avantage d’une autre ou ignorer son refus.

Mythe #4 : Si une personne s’habille/se comporte de manière sexuellement libérée, elle peut s’exposer à une agression sexuelle.
Réalité : Aucun type d’habillement porté par une personne n’est une invitation à une agression sexuelle. La façon dont une personne s’habille est l’expression de son sens de la mode, dépend de son confort et de ses centres d’intérêts. Il ne s’agit pas d’une invitation ouverte à ne pas respecter son espace personnel, sa volonté et sa liberté. L’agression sexuelle est un crime de violence et de contrôle, qui émerge de la volonté d’une personne d’exercer son pouvoir sur une autre, de ne pas respecter sa volonté et son refus. Aucun vêtement « provoquant », ni aucune attitude « débauchée » ne peut constituer une invitation à une activité sexuelle non désirée. Forcer une personne à une activité sexuelle non consensuelle est une agression sexuelle peu importe comment cette personne s’habille ou se comporte.

Mythe #5 : Si une personne a été agressée sexuellement, ça doit être de sa faute.
Réalité : Absolument pas. Aucune action ou attitude n’est une invitation à l’agression sexuelle. Si nous mettons l’accent sur la nature violente de l’agression sexuelle plutôt que de rejeter le blâme sur la personne agressée, alors nous pouvons voir que l’agression n’a rien à voir avec la conduite ou le comportement de la personne agressée.

Mythe #6 : Une personne qui a été agressée sexuellement devient homosexuelle.
Réalité : L’orientation sexuelle dépend de la nature, et ne résulte pas d’une agression ou d’un mauvais traitement. L’orientation sexuelle d’une personne n’est pas déterminée par une histoire de violence. Même si les opinions, pensées, sentiments et peut-être les craintes relatifs au sexe peuvent être définis par un trauma résultant d’un épisode d’agression ou de violence, l’orientation sexuelle n’est en aucun cas affectée ou déterminée par l’agression. Rien ne permet d’affirmer qu’une personne peut « changer » ou « corriger » l’orientation sexuelle d’une autre personne, et l’avance ou la conduite sexuelle non désirée est une agression sexuelle.

Mythe #7 : Si une personne se rend dans la chambre ou maison d’une autre, ou dans un bar, elle s’expose à un risque d’agression sexuelle. Si quelque chose se produit, elle ne peut affirmer avoir été sexuellement agressée car elle aurait du être suffisamment avisée pour ne pas se rendre dans ces endroits.
Réalité : La « présomption de risque » est un transfert erroné de la responsabilité de l’action de l’agresseur vers la victime. Même si une personne se rend dans une chambre/maison/espace personnel d’un autre individu, il n’y a pas de consentement implicite à une activité sexuelle.

Mythe #8 : Accepter une certaine forme d’activité sexuelle constitue un consentement à toute forme d’activité sexuelle
Réalité : Le consentement à certaines formes d’activité sexuelle ne signifie pas un consentement général à toute forme d’activité sexuelle. Si une personne n’est pas sûre ou se sent inconfortable et qu’elle exprime ce sentiment, cela veut dire que le consentement a été retiré. Lorsqu’une personne dit non, demande à l’autre d’arrêter, exprime un inconfort physique, son opinion doit être respectée et l’activité sexuelle doit prendre fin. Toute activité sexuelle imposée à une autre personne constitue une agression sexuelle.

Mythe #9 : Lorsqu’une personne dit non, elle veut dire oui, car elle en fait elle le désire.
Réalité : Un non est tout simplement un non. Lorsqu’une personne dit « non » ou « arrête », cela veut dire NON, cela veut dire ARRÊTE. Une activité sexuelle imposée à une autre personne sans son consentement constitue une agression sexuelle. 

Mythe #10 : Il ne s’agit pas d’une agression sexuelle si cela se produit lorsque l’une des personnes a bu ou pris de la drogue.
Réalité : Être sous l’emprise de l’alcool ou de drogues n’est pas une invitation à une activité sexuelle non consensuelle. Une personne sous l’emprise de la drogue ou de l’alcool n’incite personne à l’agresser. Lorsqu’une autre personne choisit de tirer avantage de la situation et agresse sexuellement une personne ayant consommé de la drogue ou de l’alcool, elle profite de sa faiblesse. Une personne sous l’emprise de la drogue ou de l’alcool voit ses facultés cognitives réduites et se trouve dans l’incapacité de consentir à une activité sexuelle. Un agresseur qui utilise de façon délibérée l’alcool ou des stupéfiants pour soumettre une personne à une activité sexuelle non consensuelle commet un crime violent.

Mythe #11 : Il ne s’agit pas d’une agression sexuelle si les deux personnes se connaissent.
Réalité : La plupart des cas d’agression sexuelle et de viol sont commis pas une personne connue de la victime. L’Organisation mondiale de la santé indique que 35% de femmes dans le monde ont fait l’expérience de la violence physique et/ou sexuelle d’un partenaire intime ou de la violence sexuelle par une personne qui n’est pas leur compagnon à un moment de leur vie, et que certaines études nationales montrent que jusqu’à 70% de femmes ont fait l’expérience de violence physique et/ou sexuelle d’un partenaire intime au cours de leur vie. La plupart du temps, la violence sexuelle est le fait d’un compagnon, un ex-compagnon, un camarade de classe, un ami, une connaissance, un proche ou même un collègue. L’agression sexuelle peut être commise dans n’importe quel type de relation, y compris le mariage, une relation amoureuse, ou par des amis, connaissances ou collègues. L’agression sexuelle peut se produire dans les relations hétérosexuelles ou homosexuelles. Il importe peu qu’il y ait une relation présente ou passée entre la victime et l’agresseur : imposer une activité sexuelle non désirée constitue une agression sexuelle et un crime grave.    

Mythe #12 : L’agression sexuelle peut être évitée si la personne évite les endroits dangereux comme les rues sombres et mal éclairées, les chambres vides ou les espaces délabrés.
Réalité : L’agression sexuelle ne dépend pas de l’endroit, mais de l’usage fait par une personne de son pouvoir et de sa domination sur une autre. Il existe plusieurs cas de violence sexuelle qui se produisent au sein des maisons, écoles, lieux de travail, lieux publics, transports en commun, hôpitaux et autres lieux fréquentés, bien éclairés et où circulent de nombreuses personnes en même temps. Il peut être certainement prudent d’éviter les endroits connus pour être des foyers intenses de violence sexuelle, mais juste se trouver dans un endroit ne constitue pas une invitation à être agressé(e), et éviter ces endroits ne constitue pas une garantie contre l’agression sexuelle.

Mythe #13 : Une personne qui a été agressée sexuellement est victime à vie.
Réalité : L’agression sexuelle est une expérience traumatique et une personne peut y réagir de multiples façons. Il ne faut pas croire qu’il existe une seule façon, uniforme ou spécifique de réagir à une agression sexuelle, et par conséquent, il n’existe pas de façon « correcte » de réagir à une agression sexuelle. Comment une personne réagit dépend entièrement d’elle, et personne ne peut déterminer la voie à suivre ou imposer une façon « appropriée » de réagir. Cependant, on peut toujours aider ces personnes à trouver les informations nécessaires pour prendre une décision éclairée qui a pesé toutes les options disponibles. Les réactions à l’agression sexuelle, le temps pris pour y réagir et les moyens choisis sont variés. Présumer comment une personne ayant survécu à une agression sexuelle doit agir ou réagir peut aller à l’encontre des intérêts de cette personne, parce que faire face est une expérience extrêmement personnelle.

Mythe #14 : Toutes les victimes d’agression sexuelle portent plainte tout de suite auprès de la police. Si elles n’ont pas porté plainte ou ont mis du temps pour le faire, alors l’agression sexuelle ne s’est pas produite, ou il y avait consentement.  
Réalité : Signaler ou non une agression sexuelle est une décision qui appartient aux personnes qui ont y survécu. Une personne qui a survécu à une agression sexuelle peut ou non signaler l’incident à la police, et quel que soit sa décision, elle est motivé par des motifs personnels. Parler d’une agression sexuelle n’est pas facile, et chaque nouvelle narration de ce qui s’est passé peut être traumatisante. De nombreux facteurs peuvent empêcher une personne qui a survécu de porter plainte : la stigmatisation, le coût, la peur des représailles, la peur de ne pas être cru(e), la peur de ne pas être soutenu(e) après la plainte, la honte, le choc, et tant d’autres. Juste parce qu’une personne n’a pas signalé une agression ou a choisi de ne pas porter plainte ne veut pas dire que l’agression ne s’est pas produite. Si une personne qui a survécu a une agression ne veut pas porter plainte tout de suite, il est bon de lui faire comprendre qu’elle peut le faire plus tard, dans le délai imparti pour porter plainte par chaque pays.

Mythe #15 : Il ne s’agit d’une agression sexuelle que si la personne agressée se bat et résiste.
Réalité : La loi, dans la plupart des pays, n’exige pas la preuve de la résistance d’une personne pour prouver une accusation d’agression sexuelle. De nombreuses raisons peuvent expliquer pourquoi une personne agressée ne se bat pas ou ne résiste pas à son agresseur. La personne peut se figer sur place, ou avoir peur de plus de violence, ou être pris(e) par surprise, ou faire face au trauma : tout ceci peut l’empêcher de résister. Une personne faisant face à une agression sexuelle doit en général suivre son instinct et son intuition et faire ce qu’elle pense être le plus à même de la garder en vie. Ne pas se battre ou résister à une attaque ne signifie pas y consentir.
 
Mythe #16 : Si une personne veut refuser une avance sexuelle, elle doit dire non de façon claire et d’une voix forte, sinon cela veut dire oui.
Réalité Dire non est juste une façon parmi d’autres de montrer qu’il n’y a pas consentement. Les personnes peuvent utiliser d’autres mots : « allons-y lentement » ou « pas maintenant » ou « arrête » ou « s’il te plait ne fais pas ça ». Il est également important de prêter attention au comportement de l’autre personne : participe-t-elle entièrement, avec plaisir, volonté et enthousiasme ? Sinon, il faut arrêter.

Mythe #17 : Si une personne ne quitte pas le lieu de l’agression, il n’y a pas agression.
Réalité : La décision d’une personne de ne pas rompre une relation, même si celle-ci est violente, ou de ne pas bouger de là où elle subit une agression ne veut pas dire qu’elle y consent. Quitter un compagnon violent suppose de prendre une décision complexe qui implique de nombreux facteurs, et ne pas rompre est souvent justifié pas de véritables motifs. Ne pas partir loin d’une agression sexuelle peut s’expliquer par une variété de facteurs comme la peur, l’angoisse, la panique, le choc, l’incapacité physique de partir et même un sens d’être dépassé(e) et dominé(e) par son agresseur.

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